Présidentielle : LR perdu face à la tentative d’OPA de Zemmour sur la droite

Le braquage se prépare, et LR ne sait pas comment fermer le coffre-fort. Après avoir raillé l’incapacité de Marine Le Pen à remporter l’élection présidentielle, Eric Zemmour s’est trouvé une nouvelle proie : Les Républicains. Le polémiste sort les griffes contre la formation de droite, accusée d’avoir trahi les « valeurs du RPR » et du gaullisme. Les Républicains semblent perdus face à cette tentative d’OPA. Aucune réplique collective ne lui est apportée. « La solution parfaite n’existe pas. Sinon, on l’aurait trouvée », admet un dirigeant LR. 

L’offensive a été lancée dimanche. Invité de la « journée du conservatisme » à Asnières, Eric Zemmour sort le lance-flammes. « Je veux parler ici aux orphelins du RPR. J’entends vos chefs parler sans cesse de famille politique mais qu’est-ce que c’est que cette famille? (…) La base LR demande autre chose mais ses chefs regardent ailleurs. Elle se sent trahie parce qu’elle a été trahie », accuse l’essayiste, rapporte Le Parisien. Quelques heures plus tôt, l’homme avait qualifié LR sur Europe 1 de « parti de notables centristes », fossoyeurs de l’héritage du général de Gaulle et de Georges Pompidou. 

Codes de la droite traditionnelle

Habile sémantique. Dans ses interventions, Eric Zemmour ne s’approprie aucune référence de l’extrême droite. Son modèle : les états généraux de l’opposition sur l’immigration organisés en 1990 par le RPR et l’UDF. Jacques Chirac y prônait « une différenciation entre Français et étrangers dans le domaine des prestations familiales », quand Valéry Giscard d’Estaing proposait un « quota zéro d’immigration ». Le polémiste se garde bien de rappeler qu’il ne s’agissait que d’un épisode isolé de la vie du RPR, en pleine ascension du FN. Sa thèse : la droite s’est diluée dans un centrisme mou. Lui reste fidèle à ses grandes figures, comme Philippe Séguin et Charles Pasqua. 

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Répondre à ces attaques relève de la quadrature du cercle. Zemmour plaît à droite. 22% des électeurs de François Fillon de 2017 pourraient voter en sa faveur, selon un sondage Harris publié par Challenges. « Il ne faut pas braquer ses électeurs potentiels », glisse un cadre LR. Sa popularité est en outre forte parmi les adhérents du parti. « Wauquiez et Retailleau ont jeté l’éponge, note un député LR. Certains militants, en attente d’une droite très à droite, l’apprécient. Des élus les ménagent. »  

L’ex-plume du Figaro n’est pas marqué au fer rouge comme Marine Le Pen. Il n’est pas issu de l’extrême droite, mais de la droite conservatrice. Plusieurs de ses soutiens étaient présents le 4 septembre lors de la rentrée des Jeunes Républicains. Réhabilitation de l’action de Pétain sous l’occupation, défense de la peine de mort, promotion de la théorie du grand remplacement… L’homme épouse pourtant une idéologie radicale. Son parcours et son aura intellectuelle le préservent de toute excommunication.  

La droite gênée

En témoigne la gêne affichée dimanche par Christian Jacob sur BFMTV, incapable de le qualifier d’homme d’extrême droite. « Non, il est Zemmour », a-t-il éludé. Le patron de LR le juge « utile » au débat public, mais affirme ne pas « partager » ses valeurs. « C’est le RPR de Pasqua », abonde le prétendant à la présidentielle Philippe Juvin, reprenant la dialectique du candidat présumée. 

La droite joue les équilibristes. Elle affirme partager certains diagnostics du polémiste, mais déplore son manque de propositions. « On ne bâtit pas un projet sur la théorie du remplacement », confiait Christian Jacob à L’Express début septembre. L’eurodéputée Nadine Morano salue sa « sincérité », mais se dit « sceptique » sur sa « méthode ». Décrédibiliser la démarche politique d’Eric Zemmour, sans se mettre à dos ses électeurs. Etroite ligne de crête. « On ne combat pas ses réserves de voix », confie un député LR. 

Le problème se situe là. Qui sera la réserve de voix de qui ? Et si le chasseur devenait la proie ? Eric Zemmour est crédité de 13% d’intentions de vote dans un sondage Harris publié ce mardi par Challenges, un point derrière Xavier Bertrand (14%), mais devant Valérie Pécresse (12%). « Si au prochain sondage, il nous passe devant de plusieurs points, cela va casser des digues », s’alarme un cadre LR. 

Dans ce contexte, LR joue avec le feu. François-Xavier Bellamy a déclaré lundi ne « pas voir ce qui empêcherait » Eric Zemmour de participer au congrès LR. Éric Ciotti a assuré le 5 septembre qu’il voterait en faveur de l’essayiste en cas de second tour face à Emmanuel Macron. « Il a donné un blanc-seing à l’électorat de droite pour voter pour lui dès le premier tour », s’étonnait au début du mois un fidèle d’Emmanuel Macron. « On ne doit pas l’inviter à notre table », fulmine un député LR. 

« C’est un malade mental »

La droite prend conscience d’une réalité. Eric Zemmour n’est pas qu’un levier pour affaiblir Marine Le Pen. Il est aussi un danger mortel pour LR. Fort de ce constat, certains élus souhaitent lâcher leurs coups contre l’écrivain. « Il nous tape sur la gueule, il faut le cogner, avance un pilier LR. Notre silence est une faute stratégique comme sur le plan des valeurs. » Le député LR Guillaume Larrivé a affirmé sur Twitter que l’homme est « évidemment » d’extrême droite, tout comme Jean-François Copé sur Franceinfo. 

Le cas Zemmour a été évoqué lors d’une réunion des porte-parole de Xavier Bertrand. Pas question de faire le moindre cadeau au chroniqueur. « Il faut maintenir une digue avec lui, elle ne doit pas céder », assure le député LR de l’Aisne Julien Dive. L’ancien ministre a qualifié Eric Zemmour de « grand diviseur » aux « propos monstrueux », après son parallèle entre Mohamed Merah et les victimes du terroriste sur leur lieu d’enterrement.  

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Valérie Pécresse a enfin récusé lundi son appartenance à la famille de la droite et du centre. Un proche de la candidate confie : « C’est un malade mental. Bientôt il nous interdira de bouffer du couscous. » Christian Jacob a lui-même évoqué ce mardi les propos « inquiétants » du polémiste, amendant son ambiguïté dominicale. Au pied du mur, la droite va-t-elle relever le gant ? 

Paul Chaulet


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