Pour Emmanuel Macron, l’encombrant retour du fiasco Whirlpool à Amiens

Des campagnes victorieuses, on voudrait ne se souvenir que des moments glorieux, de ceux qui forgent une mythologie, qui assoient une stature. Pour Emmanuel Macron, le 26 avril 2017 fut de ceux-là. Entre les deux tours de l’élection présidentielle, le Marcheur rend visite aux salariés de l’usine Whirlpool d’Amiens, menacée de fermeture. La journée commence mal, le rendez-vous a été fixé à la chambre de commerce et d’industrie, la rencontre est polie, pour ne pas dire policée. Le contraste est ravageur avec Marine Le Pen, qui lui a grillé la politesse et rencontre les salariés sur le parking de l’usine. Emmanuel Macron décide de s’y rendre dans l’après-midi, la tension est vive, l’accueil tout sauf chaleureux, mais le moment tourne à son avantage. On salue son courage, lui revendique d’aller « au coeur de la bête ». 

Quatre ans et demi plus tard, alors qu’une nouvelle campagne démarre, un homme, Nicolas Decayeux, vient bousculer cette belle histoire et rappeler que la fin ne fut pas aussi éclatante que cet épisode printanier. Dans son livre Leçons de savoir perdre et gagner (NBE éditions), il raconte comment les belles promesses des politiques de réindustrialisation du site se sont évaporées et ont conduit au fiasco. Dans sa ligne de mire – même si Nicolas Decayeux se défend de régler ses comptes : Emmanuel Macron, possible prétendant à un second mandat, mais aussi le président de la région, Xavier Bertrand, lui aussi aspirant à la fonction suprême. Deux hommes qui n’ont guère envie de voir resurgir maintenant un dossier aussi emblématique.  

Sans tomber dans les excès d’un Nicolas Sarkozy à Gandrange ou d’un François Hollande perché sur une camionnette à Florange, Emmanuel Macron promet à l’époque de mettre « toute [son] énergie pour qu’un repreneur crédible puisse s’installer sur le site ». Nicolas Decayeux affiche un profil rassurant, il travaille pour le groupe familial et préside le Medef de la Somme. Grâce à son projet, 180 des 290 salariés de Whirlpool retrouveraient un emploi. L’Etat doit contribuer à hauteur de 4 millions d’euros. En octobre 2017, Macron et Decayeux s’affichent ensemble, on parle de 500 emplois à terme, les salariés approuvent le projet. La Région doit aussi accompagner le financement – 3 millions d’euros sont envisagés. Mais, à l’été 2019, l’entreprise est placée en redressement judiciaire.  

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Dans son livre, Nicolas Decayeux dénonce la versatilité des promesses politiques, l’Etat n’ayant versé que 2,5 millions d’euros, et la Région ayant réduit sa quote-part à 1,2 million d’euros. « Quand vous avez un président de la République qui vous dit « je crois en vous, vous êtes formidable » et un président de région partant pour votre projet, vous vous dites que vous allez changer le monde avec eux, confie-t-il à L’Express. Or ils sont dans une logique de maîtrise de l’ordre public, il fallait endormir l’opinion dans une ville où il y a déjà eu le dossier Goodyear et qui vient de perdre son statut de capitale régionale. » 

S’il n’est pas exempt d’arrière-pensée – Nicolas Decayeux sera jugé le 9 décembre pour « abus de biens à des fins personnelles » et pour « banqueroute, détournement ou dissimulation de passif » pour 179 000 euros de dépenses hors des clous -, le livre pointe les dégâts des emballements électoraux dans les dossiers industriels. Du côté de l’exécutif, on a compris le danger et l’on contre-attaque en insistant sur la « forte dispersion », l' »absence de stratégie claire de la société » et le « manque de transparence » de Nicolas Decayeux. On rappelle aussi que « l’Etat ne lui a en rien forcé la main » et qu’il « a bénéficié d’un soutien significatif (de Whirlpool et de l’Etat, pour près de 10 millions d’euros) alors qu’il a lui-même pris peu de risques, à hauteur de 100 000 euros ». Côté Région, les proches de Xavier Bertrand prennent également leur distance à l’égard d’un dossier dans lequel, disent-ils à L’Express, ils n’étaient que « sur le fauteuil du passager ». Et de renvoyer vers le seul pilote, l’Etat.  

Quelques dates : 

Avril 2017 : Visite d’Emmanuel Macron sur le site entre les deux tours.  

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Octobre 2017 : Le Marcheur présente Nicolas Decayeux comme le repreneur.  

Juin 2019 : La société est placée en redressement judiciaire.  


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