Les bons mots de Chirac, la comédie de Macron : Christian Jacob et les présidents

L’eau et le feu, le vieux monde et le nouveau. Christian Jacob n’a rencontré longuement Emmanuel Macron qu’une fois, en décembre 2018, et le récit qu’il dresse de cet échange dans J’en ai tellement vu, le livre qu’il vient de publier (Robert Laffont), est cinglant. Tout oppose les deux hommes, mais le président l’invite « à partager le même sofa que lui, chacun à un bout » – une « posture faussement conviviale » – et tient à la main un petit bloc-notes et un stylo. « Il plonge son regard dans le mien comme s’il voulait me signifier que toute sa vie il a attendu ce moment où il s’apprête à boire mes paroles », raconte drôlement le président des Républicains.  

Qui vide son sac : tout y passe, à commencer par la décision de renoncer à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, symbole, à ses yeux, de la fin de l’autorité de l’Etat. Face à ce déluge de critiques, comment réagit Macron ? Il continue de prendre des notes. Ça y est ? « Au revoir Christian », avec, toujours, un grand sourire. En partant, Christian Jacob ne peut s’empêcher de noter, à juste titre : « Si j’avais tenu le même discours à Nicolas Sarkozy, il n’aurait pas mis cinq minutes à me passer par la fenêtre. » Car si ses relations ont parfois été tumultueuses avec ce dernier, il lui reconnaît une totale sincérité : « Nicolas Sarkozy ne fait pas semblant. » Pour Jacob, Macron n’a donc qu’une qualité, pas forcément celle qu’on attend d’un chef de l’Etat : « Son talent d’acteur est indiscutable. » 

La palme à Chirac : « Si j’avais déjà demandé à mes ministres d’être compétents, ça se saurait ! »

Il est un président, évidemment, qui ne souffre pas la moindre critique, la moindre distance : Christian Jacob a fait la connaissance de Jacques Chirac quand il était âgé de 28 ans et c’est à lui qu’il doit tout de son parcours politique. Avec, en bonus, d’avoir entendu quelques bons mots estampillés Chirac. Jacob se prépare à devenir ministre de la Coopération et Chirac lui a donné son feu vert avec un argument imparable : « Tu as une gueule qui va plaire aux Africains. » Il ne sera jamais ministre de la Coopération, deviendra, à la surprise générale, à commencer par la sienne, ministre de la Famille. Et qu’il ne se dise pas qu’il n’est pas prêt pour le poste. Chirac trouve les mots : « Si j’avais déjà demandé à mes ministres d’être compétents, ça se saurait ! », lui lance le Corrézien. Que répondre à cela ? « Je leur demande simplement d’avoir du bon sens et de s’entourer d’équipes qui ont la compétence », ajoute Chirac. 

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Il n’hésitera pas à propulser plus tard Jacob à la tête du ministère de la Fonction publique et cela le fera bien marrer : « Je ne sais pas ce que l’on retiendra de moi, mais je serai le premier président de la République à avoir mis un paysan à la tête de l’ENA ! » 

Le plus « carnassier » des hôtes de l’Elysée s’appelle, sans surprise, François Mitterrand, que Christian Jacob rencontre alors qu’il est très jeune syndicaliste agricole et avec lequel il se prépare à une longue discussion… sauf que le socialiste susurre à peine quelques mots sur « vos amis », à savoir la droite, puis « le monarque met un terme à notre entretien ». Comme Jacob le note un peu plus loin dans son livre, Mitterrand « pouvait être glaçant mais incarnait tout de même une forme d’autorité ». 

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A force d’avoir observé et discuté avec les présidents, Christian Jacob en a pris de la graine. Il vient d’enterrer la primaire de la droite sans coup férir, lui qui a toujours détesté ce système. Il préfère une désignation à l’ancienne… On parle de verrouillage ? Alors que son livre s’intitule J’en ai tellement vu, il plaisante souvent sur « le nombre de fois où je fais semblant de ne pas entendre »… 


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