Canicules, inondations… La menace grandissante du changement climatique à Paris

La capitale parisienne n’est pas un îlot épargné par les aléas environnementaux. C’est ce que nous rappelle le rapport « Paris face aux changements climatiques » publié ce mercredi 22 septembre par la mairie dirigée par Anne Hidalgo. Présenté quelques semaines après la publication du sixième rapport alarmant du GIEC, le constat concernant la ville de Paris est sans appel : le réchauffement climatique s’invite à Paris où la température a déjà augmenté de 2,3 degrés par rapport à l’ère préindustrielle. Sur Twitter, le maire adjoint (EELV) chargé de la transition écologique, Dan Lert déplore que la capitale « se réchauffe plus vite que la moyenne du globe. Ce que nous attendions pour 2050 arrivera en 2030. » 

Dans le document de 24 pages publié par la mairie de Paris, les conséquences envisagées par l’évolution climatique dans la capitale sont détaillées. En tête des préoccupations, l’augmentation de 20% du risque de crues décennales et de 40% celui de crues centennales, estime la mairie. La faute au volume de précipitations qui devrait légèrement augmenter dans les années à venir. Si le nombre de jours de pluie pourrait baisser « la tendance à l’augmentation de l’intensité des précipitations et donc des risques d’inondation plus importants », indique la synthèse du rapport. Le chercheur François Gemmene, membre du Giec, abonde en ce sens : « On va avoir davantage d’épisodes de précipitations extrêmes, ces dernières vont être plus concentrées et de plus courte durée. Le risque ? Que cela crée des inondations dans les zones où les sols sont très bétonnés et artificialisés et qui n’auront plus la possibilité d’absorber ces pluies. » 

Si ce n’est pas évident pour tout le monde, le changement climatique a bel et bien un impact sur le volume des précipitations. C’est ce qu’explique le spécialiste à L’Express : « On observe un rapport de corrélation très fort. Lorsque la température augmente d’un degré, l’atmosphère devient plus humide de 7%. Ainsi plusieurs degrés de hausse de température vont rendre de plus en plus fréquent les événements extrêmes, qu’il s’agisse de fortes chaleurs ou de précipitation intense. » Et les conséquences d’un épisode de crue majeure en région parisienne sont importantes selon les experts qui se sont penchés sur le sujet : il « serait susceptible de détruire ou perturber certaines infrastructures vulnérables » et menacerait la qualité des eaux, « avec un risque de pollution pour 1,3 million d’abonnés », comme le réseau d’assainissement, avec 20% des stations d’épuration situées en zone inondable. 

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« Arrêter l’étalement urbain et la bétonisation des villes »

Et ces catastrophes présentent un coût : une telle crue pourrait engendrer des pertes directes de l’ordre de 60 millions d’euros » et menacer 430 000 emplois. « A Paris, l’urgence est très forte. On a vu ce qu’il s’est passé chez nos voisins en Allemagne et en Belgique (cf les inondations meurtrières cet été) et tout cela pourrait aussi bien se dérouler à Paris. Le risque est très fort, il faut aller assez vite », réagit le chercheur. Dans le cas d’une crue majeure, la note pour les assurances « pourrait osciller entre 3 et 30 milliards d’euros ». Pour éviter de tels scénarios, les métropoles doivent s’adapter. Parmi les idées posées sur la table : l’arrêt de l’étalement urbain et la bétonisation des villes. Les métropoles doivent aussi se pencher sur leur système d’alerte et d’évacuation de la population. « Parmi les villes pionnières sur ce sujet, les Pays-Bas où le risque d’inondation est très présent », ajoute François Gemmene.  

Ainsi, l’augmentation du volume des précipitations est la conséquence de l’augmentation des températures sur la planète. A Paris, le nombre de jours caniculaires pourrait passer de 13 en 2010 à 34 en 2085, toujours selon le document publié par la ville de Paris. A l’horizon de la deuxième moitié du XXIe siècle, la Seine pourrait pourtant voir son débit diminuer de 10 à 30%, a prévenu Célia Blauel, adjointe en charge du fleuve et de la résilience, lors d’un point presse. « Les métropoles sont davantage touchées par les vagues de chaleur, c’est le principal impact du changement climatique qui se traduit différemment dans les campagnes et dans les villes », poursuit François Gemmene. Selon la synthèse de la mairie de Paris, la température moyenne sur plusieurs décennies évolue dans la capitale : elle se situait à 10,7°C en 1885 contre 13,1°C en 2020 et les prévisions annoncent 14,5 °C en 2085. 

Les populations précaires seront les plus exposées

C’est donc pour cela que les spécialistes conseillent de végétaliser au maximum les villes afin d’essayer de réduire cet impact. Pour rafraîchir Paris, la mairie prévoit de planter 170 000 arbres, souligne Christophe Najdovski, adjoint EELV en charge des espaces verts. « La ville de Paris a été assez pionnière dans sa stratégie d’adaptation, car elle est en train de revoir son plan qui existait déjà », estime le membre du GIEC. Une autre piste développée par l’exécutif de gauche pour empêcher la capitale de surchauffer est l’installation d’ombrières, comme des toiles tendues. « Là où nous ne pourrions pas planter d’arbres rapidement, nous allons travailler avec urbanistes et architectes pour qu’elles s’insèrent de façon harmonieuse dans le paysage parisien », a promis Dan Lert. 

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Mais Paris n’est évidemment pas la seule ville à devoir faire face aux évolutions climatiques. Les engagements déposés par les Etats signataires de l’Accord de Paris mènent le monde à un réchauffement « catastrophique » de +2,7°C, très loin de l’objectif de 1,5°C espéré pour limiter ses retombées destructrices, s’est alarmée vendredi l’ONU. « On sait depuis l’accord de Paris qu’il y a un énorme fossé entre les engagements collectifs pris à ce moment-là et les engagements individuels réalisés dans les différents pays. C’est un scénario politique », souffle François Gemmene précisant que les populations les pauvres seront le plus exposées aux conséquences du réchauffement climatique : « Elles n’auront pas les moyens d’évacuer » 


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